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La stratégie du PMU (enfin) remise en question

Suite à la Tribune de Jacques Carles publiée dans Jour de Galop du 24 janvier 2017 et intitulée « Il n’y a rien de plus têtu que les faits ! »,  Eric Blaisse, Secrétaire général de l'Association Nationale des Turfistes, a publié dans le bulletin de l'Association Nationale des Turfistes, l'article suivant.


Les analyses signées Jacques Carles, délégué général d’Equistratis, dans Jour de Galop du 24 janvier, rejoignent sur bien des points les analyses proposées par l’Association Nationale des Turfistes au cours de ces dernières années tant dans sa Lettre aux Adhérents bimestrielle que dans ses articles publiés dans Paris-Turf ou dans Le Veinard.

1 La stratégie de multiplication de l’offre à l’international doit être davantage réfléchie et encadrée, qu’il s’agisse des paris sur les courses étrangères proposés aux Français ou des paris sur les courses françaises proposées aux joueurs des autres pays.

L’Association Nationale des Turfistes a alerté à de nombreuses reprises les autorités des courses sur les risques que cette stratégie peut faire courir à la filière si elle n’est pas bien contrôlée. D’abord sur un plan à la fois moral et économique.

D’une part, le rapport de la Cour des Comptes publié en octobre 2016 a repris à son compte les accusations de la COJEX contre l’imprudence et l’illégalité de certaines pratiques du PMU, qui autoriserait, en particulier, des bandes organisées de joueurs professionnels, y compris sous la forme de personnes morales (ce qui est formellement interdit), camouflant sans doute des réseaux de bookmakers, à profiter de taux de prélèvement inférieurs, dans certains pays, pour réaliser des profits supérieurs en jouant, depuis l’étranger, en masse commune avec les joueurs de France, au détriment de ces mêmes joueurs.

 D’autre part, que ce soit en matière de régularité des courses ou en matière de lutte contre le dopage, de nombreuses réunions de courses à l’étranger proposées aux turfistes de France ne présentent pas de garanties suffisantes.

Ensuite, une trop grande diversification du nombre de courses supports de paris et de types de pari proposés pour chaque course tend à diluer tellement les masses qu’à terme les rapports des jeux de combinaison diminuent et provoquent la déception du parieur.

A ces considérations que nous mettons particulièrement en avant, Jacques Carles ajoute un point de vue intéressant : « Le PMU a beaucoup développé les paris sur les courses étrangères. Mais le produit brut de ces jeux est tellement faible qu’il faut se poser la question de leur intérêt, et ce d’autant plus que cela affecte l’image des courses. »

2 La stratégie de diversification dans les paris sportifs est un leurre et une décision contreproductive

Depuis 2010 nous ne cessons de dénoncer cette orientation proposée par M. Germond et suivie aveuglément par les dirigeants des sociétés de courses.

En misant sur les paris sportifs, en y consacrant une part colossale et totalement disproportionnée de son budget publicitaire, le PMU a pris deux risques graves :

celui, à court terme, de mécontenter et de décourager le cœur de sa clientèle traditionnelle, qu’une fidélisation de plusieurs décennies lui avait acquise,

et celui, à plus long terme, de devoir un jour reverser à la filière sportive une partie de ses bénéfices si ceux-ci devenaient importants, ce qui, bien sûr, s’avérerait catastrophique pour le monde des courses.

Le rapport de la Cour des Comptes paru en octobre 2016 affirmait que le résultat de tous les opérateurs de paris sportifs sur l’internet était négatif.

 Jacques Carles émet lui aussi un avis négatif : « Les produits bruts des jeux sont encore plus faibles sur les paris sportifs ou le poker. Notre avenir ne peut pas reposer sur des paris à rendement aussi faible.

Dès lors, il n’y a non seulement pas d’atténuation de la baisse des enjeux, mais remplacement de « bons enjeux » (c’est-à-dire avec des marges nettes rentables pour la filière) par des « enjeux dévalorisés » (c’est-à-dire avec de faibles marges nettes pour la filière). »

Or, une récente interview du Président de France Galop montre que les dirigeants des courses n’ont actuellement qu’une idée en tête pour sauver les courses, et ce serait la pire de toutes : ouvrir les 13 000 points de vente du PMU « en dur » aux paris sportifs !

Il n’est pas trop tard pour combattre cette idée dangereuse qui verrait le turfiste perdre son temps, désormais, dans un PMU, à chercher la borne des paris hippiques coincée entre celle des paris sur le football et celles consacrées aux paris sur le rugby ou le tennis.

C’en serait complètement fini de l’adéquation entre le PMU et l’hippisme, et l’on aurait vraiment du mal à comprendre pourquoi le bénéfice des paris réalisés sur le sport devrait servir à alimenter la filière hippique.

3 Le PMU camoufle ses erreurs de stratégie en augmentant les prélèvements sur le dos des parieurs

L’Association Nationale des Turfistes ne cesse de dénoncer cette pratique contre- productive, en particulier dans le domaine du jeu simple (le plus populaire des jeux, depuis plusieurs années désormais, loin devant le quinté +).

L’analyse de Jacques Carles rejoint la nôtre : « Comme le chiffre d’affaires du PMU diminue, ce dernier a choisi de maintenir son produit brut par une diminution du taux de retour joueur. (…) Par comparaison, l’attractivité du retour au joueur pour les paris sportifs et le poker est plus forte, avec respectivement 81,7 % et 97,3 %, mais avec une rentabilité faible pour le PMU, voire négative si l’on tient compte des investissements. Ce sont malheureusement les ressources des paris hippiques qui assurent le financement des paris sportifs et du poker. C’est pourquoi il faut se garder de faire croire que les paris sportifs et le poker vont compenser la chute des paris hippiques. »

 

Eric Blaisse, Secrétaire général de l’Association Nationale des Turfistes

La stratégie du PMU (enfin) remise en question

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