Ce blog est une plateforme d’expression et de réflexions sur l’actualité de la filière équine. Equistratis étant un think tank ouvert et pluriel, nous donnerons la parole à des acteurs socioprofessionnels de la filière sans parti pris. Il est essentiel que les interrogations, les désaccords mais aussi les idées puissent s’exprimer.

Notre réponse au PMU

Nous avons lu avec une profonde affliction les réponses de Xavier Hürstel et Alain Resplendy Bernard à la publication de notre plan de redressement de la filière hippique.

Ces réponses stéréotypées démontrent à quel point les deux mandataires sociaux du PMU sont peu conscients des responsabilités qu’ils portent, en affirmant avec le plus grand aplomb des raisonnements faux et en occultant la réalité des chiffres.

1) Tout d’abord, Messieurs Hürstel et Resplendy-Bernard se prévalent de la validation par les Sociétés Mères, les Sociétés de Courses et l’Etat de leur plan stratégique, de leur budget et de leurs comptes.

C’est bien la preuve, quand on observe le désastre qui menace la filière après cinq années de pertes récurrentes, qu’ils se sentent irresponsables et couverts.

Aucun chef d’entreprise face à ses actionnaires n’aurait pu tenir aussi longtemps dans un tel contexte.

Mais comme nous l’avons clairement exprimé dans notre analyse le problème n°1 de la filière est l’inadaptation de sa gouvernance :

les Sociétés Mères subissent et ne disposent pas de la même capacité de pilotage que celle d’un actionnaire qui aurait effectivement investi.

L’Etat est représenté par des fonctionnaires, peu nombreux, relevant de six ministères, celui du budget étant en première ligne pour assurer les remontées budgétaires vers le budget général.

Se prévaloir d’un tel soutien démontre bien que jusqu’à maintenant rien de sérieux n’a été engagé car aucun recadrage n’a été imposé par une tutelle éclatée et inefficace.

2) Sur les paris sportifs et le poker, il y a dans les réponses des deux responsables du PMU matière à créer un véritable scandale.

Les chiffres sont imparables car ils figurent en lecture directe dans les rapports financiers.

Et pourtant les deux responsables du PMU essayent de faire croire l’inverse. Alors il est temps de mettre les points sur les "i".

Dans les rapports financiers du TROT et de FRANCE GALOP pour 2016, la perte imputable en 2016 à ces deux activités est, pour chaque société mère de 6,253 M€, (1,466 M€ pour le poker et 4,787 M€ pour les paris sportifs).

Elle était de 6,694 M€ en 2015. Cela représente donc une perte totale de 12,5M€ en 2016 et de près de 13,4M€ en 2015.

En cumul depuis 2010, la perte infligée aux Sociétés Mères est de 115 M€, ce qui par rapport aux pertes cumulées des deux Sociétés Mères sur cette période en représente plus du tiers.

Ceux qui doutent de nos affirmations n’ont qu’à se reporter aux rapports d’activité des deux Sociétés Mères.

Ces chiffres sont page 38 du rapport intitulé : LE TROT analyse d’activité 2016 ». On les retrouve également dans le rapport de FRANCE GALOP.

Dès lors, il est particulièrement cocasse de lire les propos de Xavier Hürstel qui indique dans son interview qu’il ne peut pas dévoiler les résultats nets de ces activités et l’incidence de leur arrêt sur les comptes du PMU, en raison du caractère confidentiel de ces informations.

La vérité est qu’entre la déresponsabilisation des dirigeants du PMU, effectivement soutenus jusqu’à maintenant par les Sociétés Mères et l’Etat et l’alibi de la confidentialité, le PMU a pu poursuivre une politique catastrophique en invoquant des arguments auxquels beaucoup ont cru sans vérifier.

Par exemple, le fait que les parieurs des paris sportifs et du poker sont des recrues potentielles pour les paris hippiques.

Monsieur Hürstel dit que 6% des paris hippiques en ligne viennent des paris sportifs et du poker. Monsieur Resplendy Bernard parle lui parle d’un quart voire un tiers. Bravo pour la cohérence !

Mais cela est incompatible avec une réalité chiffrée, elle aussi tirée des comptes des Sociétés Mères et des rapports de l’Arjel : la marge nette des paris hippiques sur Internet n’a cessé de décliner depuis 2014, passant de 7,5 M€ à 1,8 en 2016, alors que pendant cette période les paris sportifs online sont passés de 500 à 2100 M€ et les paris hippiques online de 1100 à 924 M€ (cf. page 44 du rapport Equistratis).

Il n’y a donc aucun effet d’entrainement, bien au contraire et surtout restriction continue du résultat net des paris hippiques online.

A telle enseigne que l’activité online (hippique + sportifs + poker) dégrade de 18 % en 2016 le produit de la taxe affectée que leur a accordé l’Etat. Celle-ci, au titre du PMU, et hors autres opérateurs a été de 25,099 M€ pour chaque société mère alors que le résultat net de l’activité online n’a été que de 20,673 M€. (Cf. page 38 du rapport du Trot précité).

Cela pose même le problème de l’utilité des paris online dans un contexte de coûts excessifs du PMU, le seul intérêt pour la filière ne résidant que dans la taxe affectée sur les activités online et à l’évidence pas dans ces activités elles-mêmes.

3) Dès lors, quid de la comptabilité analytique et du contrôle de gestion ?

Les deux dirigeants nous assurent avec des intonations outrées que cela existe depuis près de 40 ans et qu’il serait complètement « lunaire » de penser l’inverse.

Dont acte, mais la confidentialité est immédiatement invoquée pour ne pas communiquer et rester entre soi avec les Sociétés Mères et l’Etat car « les concurrents du PMU seraient trop contents que les informations en découlant soient mises sur la place publique ».

Qui sont ces concurrents ?

-La FDJ? Mais les deux sociétés, le PMU et la FDJ, jouissent chacun dans leur domaine d’un monopole sur les points de vente.

-Les autres opérateurs online ? Mais tous y perdent de l’argent et il serait temps de traiter le problème au PMU plutôt que de continuer de faire croire que c’est une stratégie gagnante.

C’est une stratégie mortifère et coûteuse puisque le PMU à coups d’investissements est parvenu à atteindre la deuxième place sur ce marché, dans une logique de joueur de casino, qui après chaque coup perdant, est convaincu qu’il va se refaire.

Non il est impossible qu’une comptabilité analytique sérieuse et un contrôle de gestion efficace ait été mis en place. Sinon des décisions indispensables auraient déjà été prises.

Il est totalement surréaliste d’imaginer que des situations de dérives se perpétuent avec une telle régularité. D’ailleurs, Monsieur Hürstel parle d’un contrôle de gestion externe.

C’est impossible. Le contrôle de gestion fait partie des fonctions internes de toute entreprise. 

Monsieur Hürstel ne confond-il pas avec l'audit externe?

Il évoque aussi une comptabilité analytique validée par le Commissaire aux Comptes.

Or la comptabilité analytique ne relève absolument pas des missions d'un Commissaire aux Comptes.

Donc nous pensons, au nom de tous les professionnels qui nous soutiennent, qu’il faille commanditer un audit la gestion du PMU pour faire ressortir ce qui, aujourd’hui, n’est ni apparent, ni crédible.

4) Pour finir, quelques sujets qui méritent une mention particulière :

-          Le fait que si le PMU cédait les paris sportifs et le poker, les coûts indirects existeraient toujours et que cela occasionnerait une perte supplémentaire de 13 M€. Cela ressemble, à s’y méprendre aux pertes qui sont transférées aux Sociétés Mères à ce titre!

Comme si l’organisation du PMU était intangible. C’est la preuve que les mandataires sociaux ne sont pas capables d’imaginer et de gérer le changement.

Il est vrai que si les Sociétés Mères entrent en cessation d’activité, la décision sera prise par un administrateur judiciaire qui lui ne pourra pas faire autrement.

 -          Le montant du salaire moyen au PMU. Monsieur Hürstel persiste à indiquer qu’il est de 52 K€ par an. Il oublie juste d’intégrer les charges patronales qui pèsent sur l’entreprise et qui mènent à un coût moyen annuel de 100 K€ (138,3 M€ de charges de personnel, page 32 du budget 2017 présenté le 2 décembre 2016, pour un effectif prévisionnel de 1394 équivalents temps plein, page 18 du même document). Il est vraiment temps de cesser ces glissements progressifs du mensonge par pirouettes successives …C’est indigne d’un président.

 -          La démarche de modélisation que nous avons adoptée est clairement explicitée dans notre rapport. Un modèle économétrique répond à des règles de l’art très précises.

 Comme nous l’expliquons il est indispensable que des travaux de modélisation soient évalués par des scientifiques indépendants, surtout quand ils sont utilisés de manière pratique par des entreprises ou des acteurs publics. Il est inconcevable qu’un modèle soit une boîte noire à la disposition de quelques-uns qui pourront le manipuler à l’envi.

 Au cas spécifique de la filière hippique et vu la tradition de l’opacité et du secret qui y règne, Equistratis et les nombreux socio professionnels qui le soutiennent n’accepteront pas que les travaux demodélisation mis en avant par ses dirigeants ne fassent pas l’objet de cet examen approfondi.

Nous nous interrogeons d’ailleurs sur les termes employés par Monsieur Resplendy-Bernard qui parle de cabinet d’expert en algorithmie et optimisation mathématique ayant œuvré pour TF1.

Il semblerait que ce soit une autre approche, pas nécessairement de même nature qu’un modèle économétrique. Dans l’analyse de la littérature scientifique que nous avons menée, rien ne provenait d’une telle démarche. Attention donc à ne pas survendre ce qui pourrait s’avérer inadéquat.

 -          Enfin nous avons beaucoup apprécié la suffisance du même dirigeant qui se moque avec élégance de notre résultat qui indique qu’en augmentant le TRJ de 1 point on a un effet de levier de six points sur les enjeux.

Il précise, en effet, que c’est ce qu’on lui a appris en première semaine du parcours d’intégration mais que cela dégrade le résultat net du PMU.

Merci de ce renseignement qui nous permet de mesurer le niveau de l’impétrant! 

Il oublie seulement que l’effet de levier de l’augmentation du TRJ moyen sur le résultat est plus important que la diminution brute de l’augmentation du TRJ sur le même résultat. 

Le solde est largement positif comme l’indiquent les objectifs que nous présentons en conclusion du rapport.

En tout cas cela démontre une autre erreur stratégique du PMU depuis cinq ans : l’érosion régulière du TRJ est responsable en partie de la diminution des enjeux.

Avec un espoir de gains plus importants n’attirerait-on pas plus facilement de nouveaux joueurs ?

En conclusion, nous voudrions insister sur la nécessité pour le PMU de sortir de l’ambiguïté et de la "confidentialité alibi" pour aller vers une véritable collaboration avec des acteurs comme Equistratis.

Nous sommes prêts à travailler avec le PMU, dans la ligne du plan que nous avons élaboré et à faciliter la sortie de crise.

Nous ne sommes pas prêts à nous rendre à des convocations à des réunions qui ne serviront à rien tant que les dirigeants du PMU seront dans le déni et dans le dénigrement.

 

Notre réponse au PMU

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