Ce blog est une plateforme d’expression et de réflexions sur l’actualité de la filière équine. Equistratis étant un think tank ouvert et pluriel, nous donnerons la parole à des acteurs socioprofessionnels de la filière sans parti pris. Il est essentiel que les interrogations, les désaccords mais aussi les idées puissent s’exprimer.

L'Envers du décor

Xavier Hürstel vient d’annoncer sa démission de la Présidence du PMU en l’assortissant d’un testament-bilan particulièrement positif. A l’en croire les difficultés sont derrière lui grâce notamment au  plan PMU 2020.1 qui aurait permis de sortir la filière de l’ornière.

Merveilleux tour de passe-passe, alors qu’il avoue lui -même que les versements à la filière devraient se stabiliser à 790 M€, c’est-à-dire au niveau actuel qui entraîne une perte moyenne de 35 à 40 M€ pour les Sociétés Mères. C’est l’aveu qu’il considère l’appauvrissement du monde des courses comme inéluctable !

Nous nous garderons bien de commenter son départ. Là n’est pas le sujet. Le vrai problème est celui de la gouvernance qui est un problème plus vaste, même s’il intègre celui des gouvernants. A un moment où le gouvernement s’engage simultanément dans une révision de la loi de 2010 sur les jeux en ligne et sur une privatisation de la FDJ, la période devient propice à des changements importants.

Nous vous livrons une note interne que nous avions rédigée suite aux propos tenus par Xavier Hürstel et Alain Resplendy Bernard le 23 Août à Deauville à l’invitation de la Fédération des éleveurs de galop.

La situation est en effet bien loin d’être aussi favorable que les discours officiels l’affichent. Et c’est un vrai problème, car à force de privilégier la langue de bois sur le langage de vérité, la filière est incitée à croire en des lendemains meilleurs. La réalité est bien différente.

Voici l’envers du décor !

 

En préambule, il convient de souligner que les analyses et recommandations faites par Equistratis dans son rapport du 24 juillet 2017 pour redresser la filière hippique n’ont reçu, dans la plupart des cas ni démentis, ni réponses.

L’exercice réalisé par Xavier Hürstel et Alain Resplendy-Bernard a surtout consisté, pendant 2h 40 , à justifier les choix du PMU et donner une tonalité optimiste à une situation difficile, en se contentant de valoriser les actions marketing et l’innovation qui certes sont importantes mais pas suffisantes.

En revanche, fidèles en cela à leur posture de déni de réalité, ils estiment que les coûts d’exploitation restent à un niveau tout à fait acceptable, malgré la baisse régulière de la marge qu’ils répartissent entre l’Etat et les Sociétés Mères. Ils vont même jusqu’à insister à plusieurs reprises sur le fait que les économies d’exploitation alimentent les investissements auxquels ils procèdent.

C’est ignorer totalement un principe de gestion fondamental qui interdit toute confusion entre l’exploitation, qui est du ressort du compte de résultat et l’investissement dont la rentabilité doit être apprécié dans le cadre du plan de financement.

Or le PMU est un GIE, soumis au contrôle de l’Etat et des sociétés de courses, qui sont des associations. Il n’y a donc pas la même dynamique que dans une entreprise où le contrôle des actionnaires s’exerce sur la rentabilité et se mesure par le retour sur investissements.

D’où cette habitude de réemploi des économies d’exploitation en investissements sans que personne ne prenne conscience que c’est un chemin qui interdit de maîtriser les coûts en période de crise.

Malgré leurs dénégations et leur affirmation renouvelée d’un « contrôle de gestion externe[1] », il est vraiment urgent d’introduire une véritable rationalité de gestion au sein du PMU, sans quoi il sera impossible de restructurer la filière.

Voici les principaux éléments que nous avons relevés :


-Evolution de l’activité

Au premier semestre, la légère augmentation de l’activité provient des jeux online (+6%) et de l’international (+ 15%). En France, il y a une baisse continue des enjeux (-0,6%).

Au total, le PBJ global se maintient à +0,4%.

Aucune information n’est donnée sur l’évolution du TRJ moyen, qui depuis cinq ans, du fait de sa baisse continue, est la principale cause de l’érosion limitée du PBJ.

Sans cette information, les explications fournies sont fragiles et on ne peut que noter la stabilisation temporaire au plus bas niveau de l’activité.

L’International continue une progression forte, mais au prix d’une diminution de la marge nette (deux fois et demi inférieure à celle des enjeux en France).

Malgré le succès du Simple Jackpot et un léger réveil online, la tendance reste au mieux stable, ce qui interdit une rémunération acceptable des Sociétés Mères.

Au mieux, ce sera comme en 2016 avec des pertes structurelles de 30 à 40 M€.


-Le cas des paris à l’International

Il faut souligner que les paris à l’International posent le problème majeur des retours proches de 100% pour les joueurs professionnels et du contrôle de l’origine des fonds.

A cela s’ajoute, comme nous l’avons expliqué le 24 juillet dernier au Mans, qu’il y a une perte de substance indéniable des mises des joueurs français en masse commune avec les joueurs étrangers car ils bénéficient d’un retour très supérieur.

Les responsables du PMU se sont enlisés dans des démonstrations embrouillées en affirmant que les retours joueurs en France et à l’étranger étaient les mêmes.

Ils ont de surcroît invoqué le secret des affaires pour ne pas répondre sur les commissions des opérateurs à l’étranger.

Quand on observe la croissance très rapide des mises à l’étranger et les questions non résolues que cela pose, c’est une des raisons majeures pour confier à une personnalité expérimentée, issue du monde de l’entreprise la mission de réorganiser la filière et tout particulièrement le PMU.


-Autre sujet sensible : les paris sportifs et le poker

Les réponses apportées sont des réponses toutes faites : c’est rentable en coûts directs, mais de très peu !

Oui, mais alors d’où viennent les pertes qui sont infligées chaque année dans les comptes de résultat des Sociétés Mères (6,2 M€ pour chacune d’entre elles en 2016)?

D’une affectation de coûts indirects du PMU à ces jeux !

Selon quelle clé de répartition les coûts sont-ils affectés à ces activités, sachant, selon Monsieur Resplendy-Bernard, qu’il n’y aurait que 20m2 et quatre personnes pour s’en occuper ?

L’affectation des coûts indirects au prorata devrait donc être très faible. Mais, en procédant de la sorte, on dégonfle les coûts de structure du PMU en les faisant peser sur la filière hippique dont la finalité est le cheval et non les jeux en ligne !

Comment les Sociétés Mères ont-elles pu accepter pendant six ans d’éponger les pertes des paris sportifs et du poker ce qui a représenté jusqu’au tiers de leur déficit, sans dire quoi que ce soit ?


Comment ont-elles pu accepter les justifications non démontrées du PMU sur le fait que le poker et le pari sportif attiraient de nouveaux joueurs, alors que les analyses menées par l’Arjel démontrent le contraire.

Plus que jamais, nous sommes convaincus qu’il est urgent pour la filière hippique de céder ces activités, ce qui entrainera une réduction corrélative de la perte transférée par le PMU et qui l’obligera à réduire ses coûts de structure.

Sans compter que la cession de ces activités apportera du cash à une filière qui en a besoin. Là aussi, ni les dirigeants du PMU, ni ceux des Sociétés Mères ne semblent capables de procéder à la mise en œuvre d’une telle décision…ils n’avaient d’ailleurs rien vu jusqu’à ce qu’Equistratis « lève ce lièvre. »


-Marketing, publicités et innovation 

De nombreux exemples concernant la digitalisation des modes de jeu, le tracking des courses, la création d’une base de données, hippigo, incitatus, etc…illustrent les efforts entrepris.

Le PMU est dans sa fonction première et il faut constater l’importance des travaux en cours au regard de la fidélisation de la clientèle et de l’accès à de nouveaux joueurs.

En revanche, le lien n’est pas suffisamment fait entre les investissements engagés et l’efficacité qu’ils représentent par rapport aux objectifs poursuivis.

Ainsi, il serait utile de connaître les coûts d’EPIQ séries et l’impact de cet investissement publicitaire sur les enjeux rapportés au 14 courses qui sont promues par cet intermédiaire.

Différentes informations circulent : en positif, une légère augmentation de l’audience de TF1 ainsi que l’on indiqué les responsables du PMU, en négatif, l’évolution des enjeux sur ces courses qui tendent selon certains rapports d’activité à décliner.


-Perspectives

Les scénarios d’évolution présentés sont assez sommaires. En gros, une augmentation du résultat de 150 M€ à 200 M€ semble être l’objectif que s’assigne le PMU, probablement à l’horizon 2020, se répartissant en 41 M€ pour le calendrier, 60 M€ pour l’offre, 36 M€ pour le réseau, 55 M€ pour l’international et …8M€ pour le Poker et le pari sportif.

Nous pensons qu’il est plus prudent de tabler sur une augmentation de 150 M€.

Remarque liminaire : l’augmentation pour les paris sportifs et le poker est inférieure à la perte transférée chaque année aux Sociétés Mères.

C’est donc bien la preuve que même dans la version la plus optimiste ces deux types de jeux perdront encore de l’argent en 2020. Alors pourquoi poursuivre ? Cela devient un un acharnement non professionnel. Plus généralement, la présentation est floue et non convaincante. Deux scénarios sont envisageables :

-Augmentation de la marge nette de 150 M€ à TRJ constant pour les Sociétés Mères.

Par rapport à un scénario tendanciel baissier, tel qu’il figure dans le plaidoyer commun PMU, Trot, France Galop de mai 2017, soit 673 M€ en 2020, cela signifie que le revenu pour les Sociétés Mères passerait à 823 M€, contre 796 M€ actuellement.

Ce serait donc un peu plus de 10 millions d’euros de recettes supplémentaires qui leur reviendraient. Par rapport aux 30 à 40 millions de pertes annuelles, il est évident que le plan stratégique est très loin de l’objectif d’équilibre.

Mais il ne peut y avoir une augmentation de la marge de 150 M€ pour les Sociétés Mères, sans qu’il y ait une augmentation au moins équivalente pour les recettes de l’Etat.

Si l’on suit les prévisions faites dans le même plaidoyer (page 26), les recettes de l’Etat prévues en 2020 à hauteur de 802 M€ devraient augmenter à due concurrence, et passer à 952 M€.

Mais alors c’est une augmentation de la marge nette de 300M€ qui devrait être atteinte pour servir d’une part les Sociétés Mères et d’autre part l’Etat. Cela semble sortir totalement de l’épure tracée par les dirigeants du PMU.

-Augmentation de la marge nette globale de 150 M€, une moitié allant à l’Etat et l’autre aux Sociétés Mères. Par rapport à la tendance du plaidoyer de mai 2017 les Sociétés Mères seraient destinataires de 75M€, soit 748 M€ au total, en retrait de près de 50 M€ par rapport à 2016. Autant dire que la cessation de paiement serait consommée dès 2018.

 

Nous conclurons cette note sur la présentation du 23 Août par une réflexion sur l’outil d’amélioration de la programmation des courses tel qu’il a été évoqué rapidement.

Rien de concret n’a été dévoilé. Les principales variables travaillées ont été citées, mais aucune mesure de sensibilité n’a été explicitée. Pas d’information quant à la manière dont cet outil a été construit, sur sa nature, sur les procédures de fonctionnement et de contrôle et sur la société chargée de le mettre au point.

Sur la méthode d’évaluation des progrès susceptibles d’être accomplis par rapport à la situation actuelle, aucune indication particulière n’a été fournie. Nous ne pouvons que rappeler nos préventions face à ce qui reste totalement opaque et sujet à toutes les manipulations..

Ayant présenté des premiers résultats dans notre rapport du 24 juillet 2017, il nous semblerait utile de pouvoir échanger avec l’équipe chargée par le PMU de construire leur outil, voire de confronter les résultats de scénarios d’évolution de la programmation.

Comme nous l’avons indiqué dès notre création, notre souhait est de mettre à disposition du PMU et des Sociétés Mères nos travaux et propositions.

Cette proposition devrait mettre un terme à la rumeur insistante qui voudrait qu’Equistratis refuse tout contact avec le PMU. C’est bien évidemment faux, mais il est important que si rencontre, il doit y avoir, elle se déroule dans un climat de transparence en portant sur des sujets précis et utiles à la sauvegarde de la filière.

[1] Le contrôle de gestion est généralement interne aux entreprises !

L'Envers du décor

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