Ce blog est une plateforme d’expression et de réflexions sur l’actualité de la filière équine. Equistratis étant un think tank ouvert et pluriel, nous donnerons la parole à des acteurs socioprofessionnels de la filière sans parti pris. Il est essentiel que les interrogations, les désaccords mais aussi les idées puissent s’exprimer.

Rapport de M. Jean Arthuis

Rapport de Monsieur Jean Arthuis

Le diagnostic d’Equistratis validé avec 18 mois de retard,
mais la proposition de passage du PMU en SA est inacceptable !

Le rapport Arthuis reprend au long de ses 182 pages la quasi-totalité des analyses et préconisations faites par Equistratis dans son rapport du 24 juillet 2017. Nous tenons à souligner l’importance de cette reconnaissance du travail effectué en toute indépendance par notre association créée par la volonté de Socio-Professionnels inquiets de l’avenir de la Filière et avec l’aide des lanceurs d’alerte historiques de la Filière !

Mais par une pudeur toute technocratique, il n’est à aucun moment fait mention de l’origine de ces analyses et préconisations, si ce n’est la reprise de quelques graphiques et tableaux élaborés par Equistratis. Il faut savoir reconnaître la valeur des précurseurs et l’utilité de leur travail surtout quand il est le fait des acteurs de la Filière, ces Socio-Professionnels qui l’animent et qui en constituent la substance.  Il eut été élégant de s’en souvenir.

Que n’a-t-on pourtant dû subir comme d’autres attaques et démentis, comme dénis et moqueries de la part de la direction du PMU et des Sociétés Mères jusqu’au changement de gouvernance d’avril 2018 et à la mission confiée à Jean Arthuis à la même date.

Mais au-delà de cette remarque liminaire, il nous paraît essentiel de rappeler tous les points de convergence repris par le rapport Arthuis avec 18 mois de retard, ce qui est un temps considérable perdu pour un secteur en crise. L’Institution et l’Autorité de tutelle auraient dû réagir beaucoup plus vite et, surtout comme nous allons le démontrer, ne pas tomber dans une proposition de transformation du PMU en SA qui aboutira inéluctablement à des conséquences très négatives pour les Socio-Professionnels. Nous alertons sur ce point depuis des semaines car nous savions quelle orientation avait été donnée à la mission Arthuis par le ministère des Comptes publics.

Commençons par les points de convergence, c’est-à-dire la quasi-totalité du rapport Arthuis, dont il sera loisible à tous ceux qui le souhaitent d’en vérifier la réalité en relisant le rapport Equistratis du 24 juillet 2017 et en se référant à nos différents écrits ou interventions :

  1. La multiplication des courses et des jeux ; la dilution des masses, l’introduction du hasard, causes cumulées de la désaffection de la part des parieurs.
  2. La baisse calamiteuse du TRJ de plus de deux points en cinq ans pour compenser la baisse des enjeux et maintenir les retours pour l’Etat et les Sociétés Mères.
  3. Le montant excessif des coûts d’exploitation des Sociétés Mères et du PMU, notamment les salaires et l’incapacité de leurs responsables à les réduire, alors que les enjeux ne cessaient de baisser.
  4. Le poids inutile des paris sportifs et du poker qui ont généré 115 M€ de pertes de 2010 à 2017 pour les Sociétés Mères, soit 65% des pertes totales qui s’élèvent à 180 M€ pour la période.

Curieusement le rapport Arthuis ne mentionne pas ces chiffres, alors qu’ils figurent année après année dans les comptes officiels des Sociétés Mères. Peut-être l’Etat qui valide les comptes et les budgets des Sociétés Mères et du PMU a manqué de vigilance ou plus précisément a manqué à ses responsabilités de contrôle. Nous en reparlerons le moment venu, car ce trou est supérieur à la baisse des allocations décidées en 2017 et celles qui le seront en 2018.

  1. Le scandale des GPI qui auront perçu en moyenne plus de 100% de leurs mises sans que des mesures efficaces aient été prises. Il est enfin avoué que les contrôles du PMU ont été insuffisants sur les opérateurs étrangers. L’effet a été désastreux sur les parieurs français car les GPI jouent en masse commune avec eux.
  2. Les investissements très insuffisants sur les points de vente, ce qui est une des causes de la baisse des enjeux.
  3. L’échec des plans stratégiques successifs, réalisés par Mac Kinsey et dont nous précisons (ce qui n’est pas fait dans le rapport Arthuis) qu’ils ont coûté près de 3M€ pour rien.
  4. Globalement une carence manifeste de l’administration à réguler le secteur hippique, le ministère de l’agriculture allant même jusqu’à reconnaître qu’il ne pouvait valider le calendrier des courses faute d’expertise. Nous avons souligné que cette situation était une des raisons des difficultés de la Filière, prise en otage par une direction du PMU saisie par une stratégie de fuite en avant et des Sociétés Mères incapables de définir une bonne stratégie faute de compétences et de discernement.

Et pourtant toute cette accumulation d’erreurs aurait pu être évitée.

Une partie de nos solutions est reprise par Jean Arthuis :

  1. La cession du poker et des paris sportifs,
  2. La création d’un pôle de pilotage commun et de mutualisation des fonctions centrales (appelée dans le rapport structure faîtière) incarnée par la FNCH (selon une recommandation que nous avons donnée lors de notre audition) ;
  3. La mise en place d’une comptabilité analytique commune,
  4. Le renforcement des actions de sponsoring et de mécénat, sans aller jusqu’à la création d’une filiale de valorisation évènementielle des hippodromes,
  5. Un nouveau calendrier des courses, tel qu’annoncé récemment par Cyril Linette,
  6. La création d’une délégation interministérielle à la Filière équine.

Mais et c’est là que nous divergeons fondamentalement : la solution centrale proposée dans le rapport, c’est-à-dire la transformation rapide du GIE PMU en SA, est un choix très dangereux pour la Filière qui affectera gravement les Socio-Professionnels dans leurs revenus et les territoires dans leur équilibre.

Le titre du rapport qui parle de nouveau souffle pour la Filière est à cet égard totalement trompeur.

Qu’est-il proposé ?

--De créer, par ordonnance la SA PMU car la loi interdit de transformer un GIE en SA.

Pourquoi une telle précipitation ? Pour complaire à qui ? Pour masquer quoi ? Ces questions sont loin d’être neutres dans un pays démocratique où l’ordonnance est l’exception. Pourquoi éviter un débat parlementaire ?

--De transférer le monopole des paris au PMU alors qu’aujourd’hui les Sociétés Mères sont détentrices du monopole d’organisation des courses et du monopole des paris.

 Ce sera la fin du modèle français de Filière hippique. Le PMU va devenir un opérateur indépendant qui aura ses propres objectifs de rentabilité au profit de ses actionnaires. Qui seront-ils ? L’Etat majoritaire et les Sociétés de courses selon le rapport Arthuis.

Mais l’Etat ne mettra pas un sou et les Sociétés Mères n’ont plus rien. Alors il est très probable que d’autres actionnaires seront sollicités.

Pourquoi pas la FDJ ? Des fonds d’investissement ? La mariée aura un certain attrait car l’Etat en contrepartie de sa position majoritaire apportera le monopole des paris hippiques … pour 15 à 25 ans. Cette mécanique est bien connue c’est celle d’une privatisation rampante car la valeur du monopole sera évaluée, pour mieux être vendue demain ?

D’ailleurs, habilement Jean Arthuis préconise que la loi PACTE qui porte le projet de privatisation de la FDJ soit aussi le véhicule de la transformation du PMU en SA.

On ne peut être plus clair.

Qu’en sera-t-il des allocations et des encouragements ?

Le rapport est très discret sur le sujet. Et pour cause : La SA PMU paiera un Impôt sur les Sociétés qui ne sera à 25% qu’en 2022. Il y aura une TVA sur le PBJ. Des dividendes seront versés aux actionnaires et les Sociétés Mères toucheront moins de 50% de ces dividendes car elles seront minoritaires.

Certes le rapport Arthuis insiste sur la nécessité de développer le sponsoring et les partenariats et, nouveauté surréaliste, envisage dans le cadre d’un contrat de Filière que les Sociétés Mères facturent au PMU leurs coûts d’organisation des courses.

Finalement, on va faire des Socio-Professionnels des producteurs de spectacle, représentés par des Sociétés Mères qui n’auront plus aucun pouvoir face à un monopole des paris, la SA PMU, qui dictera sa loi et donc ses prix. Il y a fort à parier que le retour Filière diminuera fortement.

Comme « usine à gaz technocratique » pour sortir d’une situation qui doit beaucoup à des erreurs successives couvertes par la puissance publique, on ne fait pas mieux.

Et en plus, il n’y a aucune étude d’impact ! Aucune référence à un modèle permettant de rationaliser les décisions alors que nous en mettons un depuis plus d’un an à la disposition de ceux qui sont censés décider.

En conclusion, Equistratis note que ses analyses et propositions ont été reconnues, mais alerte tous les Socio-Professionnels sur la nécessité de s’opposer à ce projet de transformation du PMU en SA dans les conditions définies par Jean Arthuis.

Il est tout à fait possible de redresser la Filière sans passer par cette entreprise de démembrement.

Nous allons nous mobiliser pour faire échec à ce projet et nous proposerons très prochainement une solution alternative, qui permettra de sortir autrement de l’impasse dans laquelle les pouvoirs publics et l’Institution ont mis la Filière. Les échéances budgétaires sont très proches. Qu’en sera-t-il de 2019, sachant que les Sociétés Mères ne pourront plus compter sur la trésorerie consommée quasi intégralement en moins de 10 ans.

 

www.equistratis.orgcontact@equistratis.org - @Equistratis

Rapport de M. Jean Arthuis

Recent Articles